La twittérature n’est pas le parent pauvre de la littérature pas plus que les nains sont les enfants d’une humanité déchue. La twittérature propose des genres, des styles, des visées, des visions.
En règle générale, elle ne s’affuble pas d’un fil corrompu par la discussion bilatérale, par le retweet (RT), par la citation (@), le hashtag (#) ou le renvoi (http://www). Bien que Twitter soit un outil exemplaire pour acheminer des données brèves aux abonnés de son compte, le twittérateur ne retweete que très rarement. S’il le fait, souvent il s’amusera à contourner la règle de Twitter en faisant en sorte que son gazouillis soit contenu dans 140 caractères pile. Autrement, il n’écrit que des mots, il ne fabrique que des phrases.
Idéalement le fil de discussion du twittérateur est pur, il est monochrome. On n’y retrouve que les 26 lettres de l’alphabet et les signes de ponctuation. Des chiffres à la rigueur (surtout cette allusion au nombre cent quarante qui permet tant de clins d’œil et d’autodérision) peuvent parfois émailler la séquence ; mais aux chiffres, on préférera les lettres. Tant mieux disent certains si la pensée proposée tient dans 140 caractères, mais ce n’est pas forcément obligatoire.
On trouvera en twittérature des textes dont les allusions structurales ou thématiques rappellent tout :
• la poésie • le conte • la légende • le récit • l’essai • la réflexion • l’humour • la stance • le verset • le bulletin météo • l’horoscope • etc.
On les retrouvera souvent sous la brève forme de la maxime, de l’aphorisme ou de l’apophtegme. Parfois des personnages apparaissent. Parfois le récit se construit à l’envers. Parfois il est à l’endroit parce que le twittérateur twitte à l’envers.
Les tendances
La twittérature est un genre fermé quant à la forme (le nombre de caractères), mais ouvert quant au reste. Il permet les jeux stylistiques les plus divers, reproduit des recherches formelles concrètes (allitération, parallélisme) et figuratives (métaphore, métonymie, synecdoques, allégories, comparaisons, etc.).
Elle se crispe à 140 caractères, s’accroche à trois mots, décline tous les nombres de 1 @ 140, recherche l’absurde et s’y cramponne, introduit de savantes martingales (dans le but de gagner quoi ?), décline l’abécédaire, polit le plancher des graines de toast qui y gisent, invente des meurtres, donne dans le scabreux, le politique, l’apolitique, l’esbroufe, le récit de voyage, l’itinérance, la débandade, la sensualité torride, la pornographie légère, le mauvais goût, le raffinement, l’astuce, le délire, la comptabilité, la moquerie, l’éclat de voix, le rire, la calomnie, l’absurde, l’ennui, le goût d’être ailleurs, la soif d'être aimée...
Les procédés
Les procédés les plus fréquemment utilisés en twittérature sont les suivants :
• le glissement d’humour • la personnification • l’allitération • la comparaison • les tropes (métaphores, synecdoques, métonymie) • les antithèses et les oxymorons
La rhétorique du tweet
Le gazouillis est court, bref et percutant.
On y pratique l’ellipse, mais on recourt éggalement à tous les procédés qui permettent de tripoter un texte source pour le contraindre à occuper la case des 140 caractères. On y parvient par :